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Le silence suppose beaucoup de complicité (Svet' & Eze') [Terminé]

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MessageSujet: Le silence suppose beaucoup de complicité (Svet' & Eze') [Terminé] Ven 27 Avr - 21:50


Ezechiel était assis sur le bord d’un lit dans l’une des cellules du couloir de l’aile droite. Les coudes posés sur ses genoux, ses mains tenaient un stylo bille. Il le faisait tourner, passer entre des doigts, en observant le mouvement, la dynamique avec une fascination sans borne. Ce n’était pas tant le stylo, dérobé à l’infirmerie pendant son séjour post-isolation, qui attirait tant son attention. Mais ses mains, leur dextérité, la facilité avec laquelle elles jouaient avec le petit objet. C’était là l’objet de sa fascination. Il était comme hypnotisé devant la maniabilité incroyable de ce membre composé de pas moins de vingt-sept os, parfaitement assemblés. Et quelle harmonie… C’était de loin l’une des plus belles machines qui lui ait été donnée à voir. Et l’homme en était pourvu de deux comme celle-là. Ezechiel était, de surcroit, ambidextre. Autant dire que son aisance avec sa main droite n’avait d’égale que celle avec sa main gauche. La sinistre comme on l’appelait autrefois. Il repensait ainsi à tous les gaucher qui un jour s’était vu torturés jusqu’à l’amputation parfois, pour leur apprendre à se servir de leur main droite, de leur bonne main. Il s’imaginait tromper ses professeurs en écrivant des deux mains à la fois, de la même façon. Il avait toujours eu une belle écriture, qu’il écrive de la main droite ou de la main gauche. Le stylo à présent isolé dans sa main gauche, Ezechiel faisait se mouvoir son autre main, exploitant chaque mouvement et l’observant.
Une silhouette, nouvellement positionnée à l’entrée de la cellule, vint perturber sa contemplation. Il leva la tête vers l’homme et leurs regards se croisèrent, s’affrontèrent presque. L’autre soutint le regard un court instant puis disparu comme il était venu. Ezechiel laissa échapper un léger soupire et reporta son attention sur sa main. Son poing droit se serra alors avec force, nulle doute que ses ongles se seraient enfoncés dans sa main s’il en avait eu. Il serra jusqu’à ce que sa main en rougisse et que ses veines, celles de son bas se fasse plus saillantes. Il observa la transformation, son visage s’inclinant légèrement pour mieux étudier.

Une alarme tonitruante résonna alors dans tous les bâtiments de l’asile et Ezechiel dû fermer les yeux, le son perçant l’agressant comme chaque jour. C’était l’appel du réfectoire. Il baissa la tête, son poing se relâchant doucement, le regard toujours fermé, attendant que l’alarme torture daigne à redevenir silence. Lorsqu’il fut exaucé, ses yeux se rouvrir, légèrement grimaçant. Il observa quelques secondes de plus le stylo et l’introduisit sous le bas de son pantalon. Il ajusta son pantalon par dessus et souffla légèrement avant de se lever pour rejoindre le réfectoire. Pénétrant dans le lieu, déjà trop habité et trop bruyant pour lui, il prit l’un des plateaux tout prêts dont chacun devait se contenter. Au repas ce midi, une purée ressemblant plus à une bouillie trop gris pour être véritablement au beurre et à la pomme de terre, un morceau de pain et une pomme. Les couverts ? En plastiques et récupéré à la sortie obligatoirement, un gobelet en plastique également. Ezechiel servit, jeta un œil à la salle de réfectoire et rejoint une table encore vide. Il y posa son plateau et jeta un regard aux alentours. Il capta un regard sur sa gauche, un regard malsain, furtif, un regard qui se fit fuyant dès lorsqu’Ezechiel le lui avait rendu. Le regard d’Ezechiel n’avait pas été particulièrement méchant, Plutôt vide d’expression, simplement de quoi prévenir « je t’ai vu me regarder, ne fais rien de stupide petit ». Il s’installa à sa table en solitaire et prit sa fourchette en main afin d’entamer sa purée. Il mit un coup de fourchette mais s’aperçut qu’à la texture de la purée, il n’en ferait rien. Il reposa sa fourchette, observant son plateau. Il prit sa pomme et la plaça sur ses genoux, pour éviter à quiconque la tentation d’être stupide ce jour. Il se saisit de son pain et en ôta un morceau dont il se servit pour ramasser ce qui, dans son assiette, avait plus la texture d’une sauce, que d’une purée. Il commença à manger calmement, toujours très attentif à l’extérieur et pourtant parfaitement enfermé dans son esprit. Il ne devait pas écouter les discussions inutiles, cela lui donnerait un mal de tête effroyable et il se souviendrait de tout. Il devait préserver sa mémoire des choses superflues. Le bruit ambiant était déjà bien assez désagréable pour l’homme.

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Dernière édition par Ezechiel C. Morgan le Ven 18 Mai - 12:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le silence suppose beaucoup de complicité (Svet' & Eze') [Terminé] Dim 29 Avr - 13:17





L’adaptation, la dernière étape, la conclusion était claire, c’était la seule solution à la survie. Je m’étais aperçue à l’instant même de mon arrivée qu’à l’intérieur de ces murs, les dures lois de la nature avaient repris leurs cours. Il n’était plus question d’entraide, de solidarité propre aux sociétés humaines, ici, les détenus étaient devenus, à force d’enfermement, des loups enragés, prêts à mordre à la première occasion venue. Et dès que l’on touchait le sol de No Man’s Land, deux choix s’offraient à nous, le premier, mourir plus ou moins rapidement si on avait de la chance, car mourir rapidement était peut-être la meilleure chose qui puisse nous arriver. L’autre choix ? Devenir à notre tour un loup enragé… Pour certains, leur décision avait été rapide… et, il avait survécu. Pour les autres qui avaient hésité, aujourd’hui, ils n’avaient plus d’hésitation à avoir, ils étaient morts… Moi, j’étais encore en vie… et si je voulais survivre, je savais exactement ce que j’avais à faire !

Mon esprit s’arrêta doucement sur un de mes souvenirs. Je voyais en face de moi, un homme, d’une trentaine d’années, il semblait totalement exténué, abattu, ses épaules étaient affaissées, ses bras ballottant entre ses deux jambes, aux rythmes réguliers du fourgon qui nous conduisait, lui, moi, mais aussi une dizaine d’autres, vers l’enfer. J’avais durant un petit moment, fixé un à un, les autres passagers… tous étaient complètement dépités, la rage et la colère qui avaient habité certains à l’annonce de leur transfert ici, les avait quittés petit à petit au fur et à mesure que l’on avançait inexorablement vers notre lieu d’arrivée. Maintenant, un sentiment de déni devait les occuper, je savais exactement ce qu’ils devaient se dire en eux -mêmes, totalement seul. Les questions étaient toujours les mêmes… « Pourquoi-moi ? Qu’ai-je fait ? Comment je vais faire ? Ma famille ? Ce n’est qu’un rêve, je vais me réveiller… ils vont comprendre qu’ils ont fait une erreur et me relâcher en s’excusant… Je pourrais demander à appeler mon avocat ? » Non, on était tous condamné, il n’y avait plus d’échappatoire… sauf la mort… Je souris, dégouttée de leur comportement, l’être humain est si faible, il ne sait que se plaindre! Il était hors de question que je me berce aussi dans ces lamentations, il fallait commencer à réfléchir à comment faire…

Premièrement, je devais m’éloigner au plus vite d’eux et ce dès notre arrivée. Ils allaient attirés l’attention des autres, les loups… ils étaient des proies faciles, ils se feraient manger tous cru, sans se débattre… A plusieurs, nous ne sommes pas plus fort, non, même pas quand nous sommes vingt petits moutons, face à un seul loup… alors imaginez-vous face à des dizaines et des dizaines de loups. Seule, j’attirerai moins l’attention et en plus il était hors de question que je subisse leurs geignements ou j’allais finir par vomir.

Un autre souvenir me revint en tête, j’étais dans une pièce, à l’intérieur du bâtiment, dans la partie « médical », j’avais entendu les cris de douleurs lorsque j’étais passée devant une porte close, entourée de deux gardiens … une salle de torture… ou d’expérimentations sans doute. J’étais en compagnie de deux médecins ainsi que des deux gardes, le personnel habituel en somme pour la visite médical des nouveaux détenus. On m’avait pesé, mesuré, établi un court bilan de santé pour voir si j’étais malade… négatif… Puis un des médecins s’était approché de moi, m’avait demandé mon nom et tous un tas d’autres renseignements, mais j’avais arrêté de l’écouter au moment même où il avait ouvert la bouche… Connard ! J’avais remarqué son coup d’œil vers ma poitrine, je lui avais craché au visage de tous mes forces, avant de recevoir un coup, en dessous de l’œil gauche. Je n’avais rien ressenti, j’étais trop en colère pour éprouver quoi que ce soit d’autre! Il me semble que j’avais à l’heure actuel, un hématome à la place, je ne sais pas exactement, il n’y avait pas de miroir ici…

Après j’avais passé les deux premiers jours à explorer les lieux, on était au troisième il me semble, difficile à dire ici, on ne voyait pas la lumière du jour… Je sais juste que j’étais arrivée au milieu d’après-midi et qu’entre temps, j’avais remarqué cinq relèves des gardes, il me semble… Ma découverte des lieux m’avait amenée à plusieurs conclusions. En premier, ne jamais descendre dans les sous-sols, car pour la première fois de ma vie, j’avais ressentie de la peur, c’était les enfers. L’aile gauche aussi m’avait apparu comme un lieu à ne pas côtoyer, il y avait une autre sorte de monstre là bas, les médecins, je les détestais… mon expérience avec eux des années plus tôt, m’avait suffi ! C’étaient des employés du diable, chargés de nous étudier comme des rats de laboratoires ! Les combles aussi avaient été à bannir, trop de monde, de pleurs de la part des détenus qui étaient ici par erreur, c’était ce qu’ils pensaient… or il n’y avait pas d’erreur, et même s’il y en avait une, les autorités en avaient rien à foutre… on était tous condamnés à crever ici !

Une des cellules abandonnées de l’aile droite, où j’étais actuellement depuis plusieurs heures, difficile à dire, était l’endroit où j’étais restée le plus longtemps. C’était désert, parfait, pour une solitaire comme moi. C’était dangereux certes, de s’isoler ainsi, mais ici, tout était dangereux, même la chapelle ! C’était le seul moment que j’avais trouvé véritablement drôle ! On se foutait de notre gueule, une chapelle, ici ? Elle servait à quoi honnêtement, même si on était croyant ? Les morts qu’on ramassait à la pelle chaque matin étaient enterrés dans une fosse sans aucun rite… Même un des chiens de gardes aurait été enterré avec plus de dignité et de cérémonie …

… Une alarme stridente retentit alors, le bruit était infernal, je détestais cela, je pris ma tête entre mes mains, me replia sur moi-même plus que je ne l’étais déjà, en attendant que cela passe. La première fois avait été la plus horrible, maintenant je commençais à m’y habituer, mais lorsqu’en enfin, elle s’arrêta, je tremblais encore. Je ne supportais pas ce genre de bruit, j’avais toujours détesté les sirènes de polices, de pompiers et d’ambulances, depuis toute petite. Celle-ci était cent fois pire, on essayait de nous pousser à bout, nous pousser dans nos derniers retranchements à chaque occasion… Je me levai et me dirigeai vers le réfectoire comme tous les autres détenus, c’était l’heure de manger, enfin ce n’était pas à proprement parler de la nourriture…

Arrivée au réfectoire, je baissai la tête, il était déjà plein de monde, beaucoup trop pour moi, et le bruit ambiant me vrilla les tympans… Je pris mon plateau sans même le regarder, c’était la même chose depuis mon arrivée, une bouillie grise en guise de plat principal, une pomme, un morceau de pain rassis… A croire qu’il faisait exprès de le laisser pourrir sur place avant de nous le donner… Torture psychologique, tout était fait pour que l’on ne se sente pas à l’aise ! Un coup d’œil rapide dans la salle, me permit de voir qu’aucune des tables étaient libres. Je restai un petit moment sur place, avant de me diriger vers la gauche, vers la première place assise. C’était une table de quatre places, occupée par un seul homme, un peu moins de la trentaine, les traits tirés, comme tout le monde, personne ici n’avait un visage reposé et heureux. Je le reconnu alors, des bruits de couloirs courraient sur lui, beaucoup en avaient peur, je ne savais pas ce qu’il avait fait, cela ne m’intéressait pas. Je me moquai aussi de savoir si ça lui plaisait ou non que je m’assois ici, peu importe… Je posai mon plateau, tira la chaise, jeta un regard à un type un peu plus loin qui ne m’avait pas quitté des yeux depuis mon arrivé pour l’obliger à retourner à son plateau et me laisser tranquille, avant de m’asseoir.

Mon premier coup d’œil fut pour mon plateau, dégueulasse, c’était dégueulasse… Mais en même temps, manger était essentiel, dans deux trois semaines les premiers signes de manque allait apparaître, les réserves de mon corps se seraient petit à petit épuisées. J’avalai la première bouchée de la mixture grise, à première vue cela ne semblait vraiment pas comestible… Et j’avais raison, du carton aurait sans doute eu meilleur goût. Je fermais les yeux, répugnée. Je repris ma respiration, et recommença l’opération, en essayant d’occulter le goût, c’était impossible, mais je crevai de faim… Pourtant à la moitié de mon assiette, je la repoussai, c’était trop! Je pris un morceau de pain, le mis dans ma bouche pour essayer de chasser le goût de cette espèce de putain de purée… pour chiens, oui ! C’était mieux, enfin tout était relatif, disons que ça serait surement le meilleur que je puisse avoir ! Je mis la dernière miette de pain dans ma bouche, l’avalant difficilement, j’avais la gorge nouée par le dégout. J’avais toujours eu des habitudes alimentaires particulières, je mangeai peu, mes aliments étaient peu diversifiés, je ne mangeai jamais de viande, je n’étais pas végétarienne pour autant. Je ne mangeais pas non plus du fast food, pizzas, bonbons, je ne supportais pas l’odeur… Je mangeais plus par obligation que par plaisir, la seule nourriture que j’aimais véritablement, des cookies dans du beurre de cacahouètes, beaucoup de gens trouvaient ça répugnant, moi, c’était la seule chose que j’appréciais.

Je relevai alors la tête, eu un regard rapide pour l’ensemble du réfectoire, histoire de voir si il n’y avait pas de danger, avant de poser un regard appuyé sur mon voisin de table. Il avait la tête baissé, il semblait calme, serein, bien loin du comportement des autres détenus, s’il était sur le qui-vive, il ne le montrait pas. En dehors de ces lieux, j’aurais pu le trouver attirant, mais ici, plus rien ne l’était… Je ne comprenais pas la peur qu’éprouvaient les autres détenus pour lui, au contraire, sa présence n’était pas à proprement parlé dérangeante, même pour moi ! Il semblait se faire discret, il n’avait pas envie qu’on le remarque, pas envie qu’on s’intéresse à lui. C’était un solitaire, pas par la force des choses, à cause l’endroit, non même avant cela, il semblait n’avoir jamais apprécié la compagnie d’autrui, c’est un solitaire né… comme moi !


Dernière édition par Svetlana S. Aslanov le Ven 4 Mai - 18:09, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Le silence suppose beaucoup de complicité (Svet' & Eze') [Terminé] Mar 1 Mai - 20:27

Ezechiel avait appris en cinq longues années à faire taire ses papilles gustatives. Elles continuaient d’essayer de hurler combien le repas, cette mixture grisâtre presque liquide, était infecte mais il avait appris à ne plus les écouter. Il fallait manger, prendre le peu de force qu’on leur octroyait, parce que la vie ici était un véritable enfer et que le dicton à propos d’un enfer pavé de bonnes intentions perdait tout son sens dans un lieu comme celui-ci. Il n’y avait strictement rien de bien attentionné ici. Il y avait de véritables enflures dans tous les coins. Certains gardiens auraient plus leur place du côté des internés, certains psychologues s’avéraient plus pervertis que les fous eux-mêmes et certains médecins n’avaient aucune scrupule à pratiquer des essais cliniques désastreux sur les détenus. Il fallait se méfier de tout le monde. Ezechiel était persuadé, après observation, que certains actes au sein de l’asile étaient le fruit d’effets secondaires. Il avait vu un type, une vraie tête brûlée, impulsif et violent, disparaître quelques jours puis revenir doux comme un agneau, comme lobotomisé, un légume. Le type s’était fait violé le lendemain, incapable de se défendre. Avant sa disparition, il n’aurait même pas eu besoin de se défendre, car personne ne l’aurait attaqué, personne n’aurait osé. Ezechiel n’aurait su dire ce qui lui avait été fait ou administré mais ce constat était une menace suffisante pour le rendre encore plus vigilent et discret. Il n’avait aucune envie de finir en légume. Il ne répondait pas aux agressions des gardiens. Il était parmi les plus respectés chez les détenus et c’était déjà ça de gagné. Il pouvait enduré les attaques des autres.
Les voix des détenus discutant s’élevaient de toute part, se mêlant aux crissements stridents des chaises glissant sur le sol bétonné. Certaines tables étaient plus bruyantes que d’autres, plus inquiétantes aussi de fait. Ezechiel gardait une oreille attentive à son environnement et un œil sur les détenus élevant la voix par moment. L’heure du repas n’était jamais des plus sereine, les détenus se disputant les miettes que les dignitaires de l’asile voulaient bien jeter de leur table. Ezechiel refusait de se battre pour cela. Les dirigeant voulaient les affamer, et bien il ne leur ferait pas le plaisir de ramper pour quémander quelques miettes de plus. Que restait-il aux Hommes enfermés ici ? Les gardiens s’empressaient de leur enlever toute dignité. Il fallait s’évertuer à la garder.
Il était sur le point de terminer son assiette lorsqu’une silhouette s’approcha et s’installa à sa table en face de lui, sans crier gare. Ezechiel ne bougea pas, il observa la silhouette et remarqua un petit corps de femme. Ce corps s’installa et Ezechiel put en distinguer le visage, furtivement. Un simple regard avant de plonger de nouveau vers son assiette. Il continua à saucer avec son pain rassit et bientôt son assiette fût parfaitement propre, prête à être rangée. Il la poussa légèrement et se saisit de sa pomme toujours sur ses genoux. Il reposa son dos contre le dossier de la chaise de fortune et s’installa plus confortablement, presque décontracté. Il releva alors la tête et observa la jeune fille manger. Il ne la connaissait pas. Elle était là depuis quelque temps, moins longtemps que lui, indéniablement.
Elle repoussa son assiette, de toute évidence dégouté par la pitance. Elle jeta un œil à la salle et il en fit de même avant de baisser la tête pour observer sa pomme. Elle était bien verte. C’était un aliment qu’ils ne pouvaient pas dénaturer, à moins de le laisser pourrir, mais alors il deviendrait clairement immangeable et ils s’exposeraient à de nombreux empoisonnements et indigestions. Le pain rassis ne provoquait pas tout ça. Il l’observa quelques secondes, se demandant s’il valait mieux la garder pour plus tard ou s’il devait la manger maintenant. Lorsqu’il releva la tête, il surprit le regard de sa compagne de table. Il la fixa quelques secondes, de très longues secondes qui pourtant ne furent pas teintées d’ennuie. Il l’observa, le regard profondément planté dans le sien, avec intensité comme s’il comprenait quelque chose d’elle. Un choc entre le fer et le bois fut ce qui le détourna de son centre d’attention. Il tourna brusquement la tête sur sa gauche, source du bruit. Le choc avait laissé place à un hurlement, celui d’un homme. Il avait la main plantée par une fourchette fermement enfoncée dans la table de bois. Une femme s’était levée autour de la dite table et hurler quelques mots acerbes à l’homme accroché cruellement à la table. Elle tenait sa pomme fermement dans sa main. Ezechiel en comprit que l’homme avait voulu lui dérober son dessert. Pauvre fou. Celle là n’était pas des plus tendres et elle venait de le prouver une nouvelle fois. Certains détenus se moquèrent, riant de l’homme vaincu par la femme. Celle-ci finit par s’évaporer avec sa pomme. Ezechiel observa la scène le regard vide alors que toutes ses pensées se bousculaient dans son esprit. Lui aussi n’aurait pas hésité à planter la main du type qui aurait tenté de lui prendre sa pomme. L’autre se débarrassa de sa fourchette et les gardiens venus s’assurer que le calme revienne s’occupèrent de lui. Ezechiel se désintéressa alors de la scène et en revint à sa pomme. Il la porta à ses lèvres tout en relevant le regard vers sa convive et croqua à pleine dent, laissant éclater la peau épaisse et acidulée dans sa bouche.

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MessageSujet: Re: Le silence suppose beaucoup de complicité (Svet' & Eze') [Terminé] Ven 4 Mai - 18:06

L’homme, en face de moi, avait fini par relever la tête, attiré sans nul doute par le fait que je le fixais depuis quelques secondes maintenant. A cet instant, j’aurais du baisser les yeux, gênée, comme tout être normal qui se fait surprendre en train d’observer quelqu’un… Je n’en fis rien pourtant et mon regard continua d’examiner le sien. Lui aussi ne semblait pas gêner par cette rencontre, et cette conservation silencieuse où chacun essayait de comprendre, d’analyser quelque chose en l’autre. Cela dura quelques secondes tout au plus, mais elles me parurent très enrichissantes. Un peu comme un objet nouveau que l’on découvre, dont on ne connaissait pas l’existence ni le réel intérêt mais que pourtant on sait déjà qu’il nous sera très précieux… Ce fut l’homme qui mit fin à cet échange de regards, surpris par un bruit sourd entre deux corps solides. Mais ce dernier fut vite remplacé par un long hurlement, un cri de douleur provenant d’une voix masculine, une plainte grave, qui résonna dans ma tête, un très long moment, beaucoup trop long pour moi. Je détestais entendre quelqu’un crier, pas parce que je savais que la personne souffrait… ça je m’en moquais éperdument, mais c’était un des bruits que mon cerveau n’acceptait pas. A chaque fois, que je fermais les yeux, chaque cri, chaque hurlement que j’avais entendus durant toute ma vie, des pleurs de ma sœur quand nous étions jeunes parce qu’elle venait de se blesser le genou en tombant sur le sol, aux cris d’un homme qui s’était retrouvé avec mon couteau dans le ventre parce qu’il m’énervait depuis un petit moment, il y a de ça à peine un an... je n’oubliais rien. Je baissai la tête, fronça les sourcils tout en fermant les yeux, je détestais entendre quelqu’un hurler…

Je me moquais de savoir pourquoi cet homme criait, je voulais juste lui dire de se la fermer ou si il avait envie de crier, d’aller ailleurs… peu importe si, il avait mal, on pouvait très bien souffrir en silence… Je mis un long moment avant de me décider à relever la tête pour observer ce qui s’était passé… Toute la salle était hilare, excitée par la violence de la scène, un homme était accroché par la main à une table à quelques mètres de celle où j’étais. Une femme, quant à elle, était debout, rouge de colère, l’observant avec mépris, tout en lui assenant des insultes, avec une pomme fermement tenue dans ses deux mains… On aurait dit qu’elle détenait la clé du paradis, enfin à son comportement, difficile à croire qu’elle était très intéressée par ce dernier… Elle avait surement oublié sa signification, rongée par l’endroit. Elle était devenue qu’une loque, l’ombre d’elle-même, de ce qu’elle était avant tout ça, prête à tout… tuer, blesser pour une malheureuse pomme. On nous obligeait à devenir des loups, des loups pour les autres, mais aussi pour nous-mêmes… Cet endroit faisait perdre à n’importe quel homme son humanité, même si lorsqu’il franchissait ces murs, c’était un exemple de bonté et de bienveillance…

La détenu avait disparu en compagnie de sa pomme, le saint graal, pour elle à cette heure, avant que les gardiens n’interviennent. L’autre stupide, lui, tentait de retirer la fourchette de sa main, le visage crispé, dents serrés, ce n’était pas beau à voir, mais au moins, il ne criait plus ! Les gardiens finirent par s’intéresser à lui et venir à son secours, avant de l’emporter, surement vers l’infirmerie. Mon regard ne le quitta pas un instant, un sourire aux lèvres, alors que deux gardiens l’entouraient… Cet homme était un pur idiot, un imbécile, il avait cherché un vieux loup, il s’était fait mangé tout cru, à défaut d’avoir mangé une maudite pomme, objet de tant de convoitise… Cet endroit, ce maudit endroit rendait les gens complètement dingue…

Mon attention revint à mon plateau, après que l’homme ai disparu de mon champ de vision. J’eu le temps d’apercevoir mon voisin de table croquer dans sa pomme, comme si la menace de se la faire prendre était si grande qu’il était devenu nécessaire de la manger, avant que quelqu’un d’autre le fasse à notre place! La scène qui venait de se dérouler était vraiment surnaturelle, comment des hommes pouvait en arriver là, non, ce n’était plus des hommes, mais des bêtes, et à cet instant, cela devenait plus claire… Toutes marques de civilisations avaient été réduites en cendre, il n’était plus question d’existence mais de subsistance… Ma main se tendit vers la pomme, une fois dans le creux de main celle-ci s’éleva un peu plus, se rapprochant de mon regard, captiva toute mon attention. Je perçu les infimes détails de sa peau, verte, brillante, quelques peu râpeuses, couvertes de petits points gris parfaitement ovale, dont le nom lenticelles, ainsi que leur utilité, c'est-à-dire, permettre la communication entre l’atmosphère et les tissus internes du fruit et l’absorption des gaz, tel que le CO2, me revinrent en mémoire. Je ne savais plus où j’avais appris ça, mais je le savais… Je haussai les épaules ! Une pomme restait une pomme et comme mon voisin de table, je mis dans l’idée d’entreprendre à la manger… Mon envie de quitter cet endroit devenait de plus en plus pressante à chaque seconde de plus assise sur cette chaise, plus vite j’aurai fini, mieux cela serait, le pomme était peut-être délicieuse, ma solitude le sera encore plus, une fois que j’aurais quitté ces lieux, pour retourner sur le lit de la cellule abandonné, à attendre que le temps passe, indéfiniment…

Plongée dans mes pensées, mes yeux se relevèrent presque naturellement sur l’homme en face de moi, ce qui eu pour but de m’étonner, lorsque j’eu reprise mes esprits. Celui-ci était lui aussi en train de me regarder, sa pomme dans la main, près de ses lèvres, lui aussi semblait apprécier cette pomme, seule touche de couleur, de vie aussi peut-être, dans cet univers, nouveau pour moi mais qui ne le serait bientôt plus… Tout était sombre, obscur, mais c’était bien différent de l’obscurité que je connaissais, celle des rues de New-York, la nuit dans les quartiers industriels, qui en comparaison paraissaient à cet heure presque éclatant de lumière… Cette même obscurité des lieux était présente dans les yeux de mon voisin, ce n’était pas un simple reflet, non, son âme était aussi sombre que l’endroit, c’était sa place, il aurait finit indéniablement ici, dans cet endroit, c’était son destin… en somme comme moi ! Il n’y avait pas eu d’hasard, pas eu d’erreur, cela paraissait clair et cela pour tout le monde présent ici, dans le réfectoire, à cet instant. Cela devenait petit à petit une évidence pour moi. Je savais que quoi qu’il puisse arriver, je finirai mes jours ici… Fuir était impossible, enfin cela reviendrait à réellement mourir sur place, car franchir ces murs était impossible… que l’endroit ouvre ses portes librement, jamais les autorités ne ferait cela, plus maintenant, avec ce qu’ils avaient fabriqué ou poussé à l’extrême, des monstres, incontrôlables… prêt à tuer, par plaisir, dès que le moment se présenterai devant eux…comme le détenu devant moi, il était clair, que tuer, faire souffrir étaient pour lui devenu un acte de délectation extrême… Peu de gens après cette révélation, aurait réussi à rester sur place, plus de cinq secondes, le temps de se lever et courir vers la sortie, le plus loin de celui-ci… Pour ma part, cela ne me dérangeait pas, c’était un détail réellement insignifiant, ma pomme était, à vrai dire pour moi, plus intéressante que ce type et que tous les autres fous présents dans cette pièce en ce moment !
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MessageSujet: Re: Le silence suppose beaucoup de complicité (Svet' & Eze') [Terminé] Jeu 10 Mai - 12:55

La scène aurait parut surréaliste en un tout autre lieu. Il n’était pas coutume que de voir un type la main accrochée au bois d’une table par une fourchette habilement plantée. Mais ici, c’était chose commune. Il ne se passait pas un repas sans un incident, même un léger. Celui là faisait partie des légers incidents. Du moins c’est ce qu’Ezechiel se dit en se remémorant le jour où une femme avait subit un viol collectif au nez et à la barbe des gardiens. Ce jour là, le seul homme à être intervenu s’était retrouvé la tête coincée sous un tabouret, le fer l’étranglant, il avait perdu la vie dans son acte de bravoure. Ezechiel n’avait pas bronché. Il avait observé un temps, la chose se mettre en place. Il avait remarqué un cheminement, comme si tout avait été prémédité. Il aurait presque pu prévoir la chose. La jeune femme avait souffert devant les regards de ceux qui devant ce spectacle, ne pensaient qu’à se toucher eux aussi. Cette taule était la laideur incarnée. Mettez les monstres les plus vils dans un environnement clos et une microsociété verra alors le jour. Mais cette microsociété ne suivra pas les règles de celle respectable des gens bien. Les instincts, les vices, la loi du plus fort, c’était les nouvelles règles et il fallait les imprimer rapidement si l’on voulait survivre. L’envie d’intervenir l’avait démangé. Il n’était pas homme à violer d’ordinaire et ce spectacle lui avait donné l’envie de vomir. Ils étaient si nombreux à se disputer un seul petit corps impuissant… Il s’était imaginé leur brisant la nuque les uns après les autres, appréciant chaque craquement comme si c’était la première fois. Mais il n’avait rien fait. Il n’aurait rien pu faire. Il y aurait peut-être laissé la vie. Son acte de bravoure aurait eu tout l’air d’un acte stupide. Il avait jeté un œil aux gardiens, se demandant ce qu’ils attendaient pour intervenir. Personne n’avait bronché. Il avait compris qu’ils ne bougeraient pas le petit doigt. Ezechiel avait fermé les yeux, tentant de faire abstraction des cris de la jeune femme et du râle s’élevant des hommes profitant d’elle. Il avait échoué, tout cela l’avait déjà bien trop atteint, c’était trop tard. Il s’était alors levé et s’était enfui. Un lâche. Il s’était senti particulièrement lâche ce jour là. Il n’avait rien trouvé pour oublier le goût âpre de cette lâcheté. Il s’était assis sur un lit crasseux dans une cellule vide et avait attendu que cela passe. Il avait fini par vomir.

Les gardiens venaient d’intervenir. Chaque fois c’était la même chose, il y avait affrontement, puis encouragements de la part des spectateurs fous venus se divertir puis les gardiens intervenaient et le calme revenait progressivement. Ezechiel venait de sortir de ses pensées et il orienta de nouveau son regard vers la jeune femme tout en mangeant sa pomme qu’il ne laisserait à personne. La jeune femme en face de lui en fit de même peu après. D’extérieur on aurait pu croire à deux automates, mimant celui qui en face de lui avait tout d’un miroir. Leurs similitudes de comportement ne trompaient pas, ces deux là étaient à peu de chose près, fait dans le même moule, sortis des mêmes entrailles. Ils tenaient leur pomme de la même façon, avec une grâce et un détachement inouïe. Leur façon de croquer dedans était somme toute analogue, bien que l’un le fasse avec la force d’un homme et l’autre avec la subtilité d’une femme. Ezechiel l’observa, mangeant sa pomme sans la quitter du regard. Qu’avait-elle fait ? Il ne faisait nul doute qu’elle avait sa place ici, tout comme lui, de la même manière. Mais qu’avait-elle fait ? Ou qu’allait-elle faire pour que le scan l’envoi dans ce lieu maudit ? Avait-elle eu le temps de tuer ? Si oui, y avait-elle prit goût ? Sa victime avait-elle mérité son sort ? Autant de questions qui animaient l’esprit de l’homme tandis que sa pomme touchait à sa fin. Il la termina et posa le trognon au centre de son assiette, debout, parfaitement au centre. Il s’approcha de nouveau de la table, posant ses coudes sur le bois et se tenant toujours très droit, comme à son habitude. Son visage s’était approché de celui de la jeune femme ainsi et il put discerner des détails qu’il ne soupçonnait pas lorsqu’il était adossé à son siège. Sa tête s’inclina légèrement tandis qu’il la détailler du regard, l’inscrivant dans sa mémoire hors norme. Ainsi, elle ne le quitterait jamais. Il pourrait se souvenir de ce visage et de ce moment à volonté et y réfléchir autant de temps qu’il le souhaiterait. Peut-être même qu’elle sera un refuge de calme et d’abstraction dans les moments les plus insoutenable. Peut-être que l’impression de sa présence, le souvenir constituerait un apaisement suffisant. Il ferma les yeux, inspirant profondément puis souffla et ses yeux se rouvrir, dans le vide, légèrement baissé, sans point d’ancrage.
Un gardien s’approchait, il entendait ses pas se rapprocher. Il baissa la tête, comme s’il allait regarder par dessus son épaule, il écoutait simplement. Le gardien frappa dans sa chaise.

« On se bouge les deux là. C’est terminé. » Lâcha le type alors que la jeune femme n’avait pas fini sa pomme.
« Veuillez la laisser terminer son repas je vous prie.. » Tenta Morgan.
Le gardien explosa d’un rire gras et inintelligent. « Tu me feras toujours marrer avec tes manières Morgan, casse toi de là avant que je te fasse bouffer ce qu’il reste de ta pomme. » Répondit-il en frappant de nouveau dans la chaise de Morgan. Ezechiel releva le regard vers la jeune femme, attendant quelque chose. Comme si en un regard, elle pouvait décider de la suite. Il pouvait se lever et s’exécuter, ou bien rester pour qu’elle finisse quitte à se prendre les coups du gardien. La rébellion n’avait rien de gratuit ici.

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MessageSujet: Re: Le silence suppose beaucoup de complicité (Svet' & Eze') [Terminé] Mer 16 Mai - 16:42

A cet instant, de l’autre côté de la table s’effectuait le même manège présent dans ma tête. J’avais littéralement l’impression de passer au rayon X, on aurait presque pu croire que mon voisin de table parvenait à ce moment même à voir à travers ma tête, tellement son regard était incisif et pénétrant. Mais, même s’il en avait été capable, cela ne l’aurait pas intéressé, car j’étais à cet instant, au centre même de toute son attention. Et bizarrement pour moi, cela ne me dérangeait pas ! Etonnant, tout à fait intriguant, je ne comprenais pas pourquoi, mes réactions étaient différentes de celles habituelles… Avant, une telle analyse, des yeux fixés sur moi, aussi perçant que ceux de cet homme… Ma seule envie aurait été que cela s’arrête, quitte à ce que je me lève pour lui en mettre une et qu’il trouve un autre point d’intéressement. C’était très étrange, j’étais particulièrement calme, la manœuvre qui se déroulait à ce moment même aurait pu durer des heures, j’aurais continué à rester sur ma chaise sans bouger. Simplement parce que moi aussi, j’étais plongée dans la contemplation de cet homme !

Je me demandai alors ce qu’il pouvait bien penser, ce qui se tramait derrière ces yeux bleus clairs, si froid, si dure… Il devait sans doute s’interroger sur la nature de ma présence ici, tout le monde savait déjà… la raison, elle était identique pour tout le monde ! On s’était fait contrôlé positif lors de notre passage au scanner, ce maudit… Peu importe la raison, la première anomalie détectée s’en était fini, de nous, nous n’étions plus rien… si, une erreur de la nature, un problème, un souci à régler, à écraser en miettes… la présomption d’innocence avait été, elle aussi complètement détruite. Nous n’étions plus rien, mais des monstres à leurs yeux, aux yeux de tous. Je n’avais pas tué, je n’étais avide de sang comme certain ici, l’idée de tuer ne m’avait pas effleuré l’esprit, jamais ! J’avais déjà frappé des gens, j’étais même allé plus loin, mais de toute manière ce n’était pas la raison pour laquelle j’avais été conduite ici. J’avais fait peur, mon scan avait choqué les techniciens qui l’avaient analysé, j’allais commettre un meurtre, oui, un attentat, une bombe dans une des conférences de presse du gouverneur, celui qui avait causé tout cela…

Mes yeux se détournèrent alors de l’homme, pour jeter un regard rapide sur l’ensemble de la salle, je ne percevais pas les détenus, seul les murs, gris, froids, m’intéressèrent … C’était son œuvre, cet enfer ! Un sourire traversa mes lèvres, tandis que je repoussai légèrement ma pomme presque finie, les scientifiques se trompaient, enfermer quelqu’un dans une prison de béton, sans fenêtre, sans porte, n’allait pas résoudre le problème, le destin ne pouvait se détacher de la personne. Quoi que l’on fasse, il s’accomplirait, en suivant le premier chemin établi… Celui qui pensait le contraire était dans l’erreur, la plus totale !

Le détenu en face de moi avait fini sa pomme, il posa le restant délicatement, debout, au centre de son assiette, exactement ce que j’aurai fait, avec une précision inouïe dans son geste, cela en était presque déconcertant quand on l’observait d’un regard extérieur! Même s’il avait fini de manger et que plus rien ne le retenait ici, il ne quitta pas sa chaise pour autant et préféra s’approcher plus encore, réduisant l’espace nous séparant en posant ses coudes sur la table. Nous étions si proche, en temps normal, cela m’aurait dérangé, trop près, beaucoup trop ! Je détestais qu’on pénètre mon espace vital, surtout quand je n’en avais pas décidé avant ! Mes sourcils se froncèrent imperceptiblement, avant de croquer une nouvelle fois dans ma pomme, le prochain repas aurait lieu dans sept heures, pourtant mon ventre pas encore habitué à ce régime, réclamait encore à manger !

Ce rapprochement avec l’homme me permit d’observer, à mon tour, un peu plus celui avec qui j’avais partagé mon repas… Mes yeux se fixèrent sur ses mains, elles en disaient long sur une personne, en étudiant ces dernières, on pouvait comprendre énormément de choses sur celle-ci, son âge, cela ne trompait jamais, son métier, son niveau d’anxiété… Les siennes étaient particulières, ses doigts étaient fins, elles semblaient douces mais elles n’en étaient pas moins fragiles… ces mains qui avaient tuées…

Quelque chose m’obligea à relever la tête, l’environnement avait changé, le brouhaha ambiant, qui habitait le réfectoire et que j’avais eu tant de mal à éloigner de mes perceptions, avait disparu… La moitié des détenus, peut-être plus était déjà parti, tandis que la deuxième se levait pour en faire de même, sous le regard concentré des gardiens qui essayaient de percevoir si les détenus qui quittaient l’endroit, repartaient sans rien d’autre que ce avec quoi ils étaient arrivés. Les couverts étaient rendus avec le plateau. Aucun couteau, ni même fourchette, peu importe le fait qu’ils soient en plastique ne devaient quitter l’endroit après leur utilisation… consigne de sécurité oblige !

Mon voisin de table et moi étions presque les derniers à être encore assis lorsqu’un gardien s’approcha de notre table, le bruit de ces rangers en cuir noir brillants résonna dans ma tête, je fermai les yeux un bref instant avant de les rouvrir, ce dernier avait frappé dans la chaise de mon voisin pour le prévenir qu’il était temps qu’on déguerpisse tous les deux « On se bouge les deux là. C’est terminé. » Mon regard s’arrêta sur son visage, c’était le gardien qui m’avait accompagné avec un autre lors de ma première visite médicale… Ma joue me lança légèrement, l’hématome un peu en dessous de mon œil recommença à me faire mal, au moment où il reconnu celui qu’il l’avait provoqué! Mes yeux s’obscurcirent, dans ma tête résonna un cri de douleur, celui du gardien, mon esprit illustra mon envie… me venger !

Pour la première fois, j’entendis le son de la voix de mon voisin, une voix calme, posée, au débit régulier, sans tressaillement, pleine d’assurance et très ferme, « Veuillez la laisser terminer son repas je vous prie.. »… Mes yeux se levèrent vers le plafond, exaspérée, tandis que ma main se dirigea vers mon assiette, je voulais reposer ma pomme, presque finie, ma faim avait été coupée par l’arrivée de l’autre porc de gardien…. Qu’il aille au diable lui et ce détenu avec ces bonnes manières à couper au couteau ! Je n’avais aucunement besoin d’un chaperon pour défendre ma cause, je m’étais toujours débrouillée, seule… entièrement seule ! Je ne perçus même pas la réponse du gardien qui se dandinait presque sur place, trouvant les paroles, de Morgan, le nom de famille du détenu donc, très drôle à son goût ! Elles ne l’étaient pas, elles étaient inutiles ! Je lui renvoyai un regard noir lorsqu’il tenta de percer dans mes yeux une réponse silencieuse… Bordel, mais dégage et ferme-là ! Je n’ai pas besoin de toi et je n’ai pas non plus envie que tu prennes des coups par ce porc pour moi et une vulgaire pomme …

La conversation fut stoppée net, cette fois, le gardien s’en prenait à ma chaise, effectuant le même geste qu’avec celle de Morgan, tout en ajoutant un « Allez, tu ne comprends pas ce que j’ai dis ? Bouges-toi de là aussi, la folle! » Mes yeux fixèrent la pomme, qui tourna délicatement dans ma main, cherchant le meilleur angle pour l’attraper et l’envoyer valser au visage du gardien… je n’en fis, rien tout du moins pour l’instant et croqua un dernier bout, amer… Je finis par me lever de ma chaise, tout en reposant la pomme, le gardien était toujours à côté de moi et je paraissais particulièrement frêle et minuscule, il devait peser au moins un quintal, ce gros porc de gardien ! Je relevai alors la tête vers lui, lui adressa à son tour un regard noir, tandis que mon pied repoussa la chaise contre la table de bois, dans un léger grincement sourd !

A ce moment là, tout se passa très vite, le gardien me reconnu, enfin surtout la marque qu’il m’avait laissée sur le visage et qui lui procura une grande satisfaction, son visage rayonnait d’un bonheur étrange, il était sans doute aussi atteint par ce désir de faire souffrir, que ceux qu’il était censé surveiller ! « Ah, mais je te reconnais toi, à peine arrivée, qu’on essaye déjà de se rebeller … enfin, c’est toujours drôle de jouer avec des petites garces », sa main se posa alors un centième de seconde sur ma joue tuméfiée… le temps que la mienne s’agrippe à la sienne fermement, tandis que mes ongles s’enfoncèrent violemment dans sa peau, pour la repousser, tandis que la colère s’infiltrait dans mes veines.

« Enlève ta putain de main, connard et n’essaye plus jamais de me toucher où je te coupe les doigts et les fait faire bouffer à ton chien de garde ! »
Et comme si rien ne s’était passé, je repris mon plateau, pour me diriger vers la sortie, en passant devant mon ancien voisin de table maintenant, je lui adressa un regard sans aucune expression, qu’il fasse ce qu’il veut, moi je me cassais, enfin, je n’aurais sans doute pas le temps de sortir du réfectoire avant que le gardien décide de me faire payer cela, la réplique serait sans doute cinglante… Ce gardien restait un gros porc mais il ne me faisait pas peur, peu importe… même si c’était une erreur et de la folie !
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MessageSujet: Re: Le silence suppose beaucoup de complicité (Svet' & Eze') [Terminé] Ven 18 Mai - 12:39

Une rencontre. C’était une rencontre. Comme Ezechiel n’en avait fait que très peu depuis son arrivée ici 5 ans plus tôt. D’aucun pourrait en douter, prévoyant qu’une rencontre soit constituée de présentations en bonnes et dues formes puis d’un échange verbal, même de quelques mots. Il y avait pourtant bien eu rencontre ce midi là à cette table souvent solitaire. Et c’était justement cette absence de mot qui l’avait rendue si intéressante. Car que l’on ne s’y trompe pas. Les présentations avaient été faites, contre toutes apparences. Ils s’étaient regardés, puis observés et enfin analysés. Pourraient-ils prétendre mieux se connaître s’ils avaient échangé leurs prénoms, leurs noms ou même leurs âges ? Etait-ce si important de pouvoir mettre un nom sur un visage ? Se définir signifie-t-il seulement énoncer son identité ? Ezechiel le savait, il avait appris bien plus de ce silence entre eux qu’il n’aurait pu le faire en le brisant. Les gestes, les regards, le comportement, l’absence même de comportement étaient autant de choses qu’il aurait pu manquer s’il avait dû parler et recevoir des informations verbales de la part de sa convive.
Qu’attendaient les autres autour d’eux ? Avaient-ils remarqué cet échange silencieux ? Attendaient-ils de l’action, une explosion finale lorsque la tension serait à son paroxysme ? Comprenaient-ils seulement qu’il n’y avait là absolument aucune tension ? Pouvaient-ils sentir cette sérénité qui avait englobé leur table à mesure qu’ils s’observaient avec respect et complicité. Il se pourrait bien que cet échange soit mal compris. Et la quiétude fut troublée. S’il s’était agit d’un détenu, Ezechiel aurait eu vite fait de le lui faire regretter. Mais c’était l’œuvre d’un gardien et il ne tenait pas à retourner en isolement ou même à être la cible de future violence pour mauvais comportement. Il n’y avait que les véritablement fous pour s’en prendre stupidement à un gardien. Tout au plus, il pouvait montrer son mécontentement et le fait qu’il ne se laisserait pas faire. Mais de là à l’attaquer directement… Il y avait plus d’un pas. Bien qu’il en eu rêvé plus d’une fois, égorger un gardien était l’acte le plus stupide envisageable en ces lieux. Les représailles seraient alors sans fin.

Ezechiel tenta cependant de faire entendre son avis, son désaccord. Il le fit avec politesse et respect tandis que l’autre lui manquait déjà de respect en frappant de sa lourde semelle de cuir contre sa chaise. Le sang froid, la retenue, n’avait rien à voir là-dedans. C’était une question de survie. Sa courtoisie ne fut cependant pas accueillie à sa juste valeur et le rustre de gardien eu vite fait de s’en moquer. La requête du détenu fût rejetée et Ezechiel n’eut d’autre choix que de reposer son regard sur la jeune femme qui terminait sa pomme. Elle lui adressa un regard noir. Il ne s’y attendait pas. C’était la première fois qu’il voyait une émotion digne de ce nom dans le regard de la jeune femme et il s’en saisit parfaitement, l’imprégnant dans son esprit, pour s’en souvenir. Le gardien avait, pendant ce temps, changé de côté, et bientôt son pied vint s’abattre contre la chaise de la jeune femme. Ezechiel ne broncha pas, préférant de loin observer la réaction de la jeune femme. Elle avait observé sa pomme, un court instant. Peut-être avait-elle pensé l’emmener avec elle pour la terminer, ou bien l’envoyer dans la tronche du gardien. Difficile à dire pour le moment. Elle s’était finalement levé, jetant un regard peu avenant à la brute martyrisant les chaises puis avait claqué sa chaise, d’un coup de pied. Le type l’observa avec un sourire à faire vomir avant d’oser la toucher. Encore une fois Ezechiel ne broncha pas. Il voulait savoir si elle avait pensé emmener sa pomme ou s’en servir de projectile. Il eut sa réponse bien plus vite qu’il ne le pensait. Projectile. Elle venait de répondre à l’attouchement du gardien avec une violence inouïe pour un si petit corps.
Un léger sourire s’afficha sur le visage d’Ezechiel tandis que son regard croisait de nouveau celui de la jeune femme. Elle passa devant lui et s’éloigna derrière. Il leva les yeux vers le gardien et finit par se lever lui-même. Il rangea sa chaise en silence et méthodiquement avant de prendre son plateau et de sortir à son tour du réfectoire.
*Intéressant...*


A SUIVRE...

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